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Au fil des rues

 

Le tendre soleil d'avril nous invite à musarder, à la maison, au jardin, dans les parcs ou la forêt, près des lacs, que sais-je encore ?

La végétation déploie ses promesses avec des fleurs lumineuses, des parfums sucrés, de jeunes et vigoureux feuillages.

Pourtant, dans les rues, personne.

Pourtant, dans la nature qui s'éveille, personne.

En tout cas, aucun être humain.

Pourtant, au fond d’un jardin, des clôtures ouvertes laissent entrevoir une terrasse aux pavés disjoints. Dans un coin, sacs à dos et chaussures de marche ont été abandonnés. Une table est garnie de verres et de carafes aux teintes multicolores. Elle s’apprête à accueillir des promeneurs fatigués. Peut-être ceux-là même qui ont marché toute la journée, leur appareil photo en bandoulière, captant des images pittoresques glanées au cours de leur randonnée pour remplir un carnet de souvenirs. Tous apprécieront certainement ce moment de détente au cours duquel chacun s’attardera à faire le bilan de cette balade dans le quartier du Marais qu’ils ont découvert ensemble. Déjà les conversations s’animent et des rires éclatent alors que les verres se cognent les uns aux autres.

Je m’éloigne.

Au bout de la rue, d’une fenêtre ouverte s’échappent des voix mélodieuses. Des vocalises succèdent aux trilles. Une chorale est en train de répéter. Je m’arrête pour profiter de ce concert gratuit. C’est une chanson d’Aznavour et les souvenirs reviennent.

Mon esprit vagabonde vers ce temps lointain, que les plus de soixante ans ont connu. Une mélancolique nostalgie m’étreint soudain.

Charles Aznavour a débuté ici, chez nous. En duo. Une plaque commémore sa venue, à Presles, en Bohême ? Ou en Arménie ? Ce ne fut qu’une étape sur le long chemin de sa vie qui a débuté à Paris, dans un hôpital pour indigents du sixième arrondissement.

Cette musique me transporte dans un coin de ma jeunesse. Il y avait aussi des lilas que Maman coupait et qui embaumaient dans la maison. Quand le printemps arrivait, nous allions cueillir des bouquets de ces petites jacinthes qui jonchaient les sous - bois et les bleuissaient.

A moins que ce ne fussent les myrtilles de juin que nous ramassions qui tachaient mes mains avant de teinter mes lèvres quand je croquais dans les délicieux gâteaux qu’en faisait ma grand-mère ?

Le silence revenu invite à cette heureuse flânerie où se mêlent les parfums suaves et les saveurs des souvenirs.

Plus loin, des vieux arbres croulent sous les fleurs. Des glycines qui s’accrochent au fer forgé d’une grille torsadée donnent un sentiment d’abandon. Seuls quelques insectes envahissent les haies de leur bruissement d’ailes. Mon regard part à la recherche des habitants de cette maison vide. Sont-ils encore là ? Il n’y a pas si longtemps des enfants voltigeaient sur la balançoire accrochée aux branches du pommier. Le lointain passé et le présent se retrouvent dans deux mondes croisés qui s’assemblent un moment dans ma mémoire pour mieux se séparer, s’éloigner, disparaitre.

Où sont les gens ?

Mes pas qui résonnent ont dérangé un chat endormi sous une voiture garée trop près du trottoir. Je le regarde se faufiler sous un portail. De l’autre côté de la rue, le parc de la maison de retraite est déserté par les pensionnaires qui ont fui les premières chaleurs malgré les ombres dessinées par les grands chênes du Liban.

De leurs fenêtres, les personnes âgées guettent dans la cour silencieuse de l’école voisine, le retour des enfants que les vacances de Pâques ont emportés.

Tout est tranquille, trop calme, endormi.

Ça ressemble à ces jours fériés quand les habitants désertent leurs villes, ignorant les lacs, les forêts et les champs qu’ils ont si près de chez eux. Ils sont partis, pas trop loin cependant, peut-être pour un long week-end en Baie d’Opale, comme ils diraient Baie des Anges, Baie de Rio, de Ha Long, de San Francisco ou bien d’ailleurs.

Là où leurs rêves les emporteront, toujours plus loin vers de nouveaux souvenirs.

A Presles, le 20 avril 2020

Gisèle VARÉSI

 

 

 

 

 

 

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