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 La couleur des fleurs de l’automne.

 

Couleurs croisées de Presles ? 

Je m’interrogeais sur ce drôle de thème alors que toutes les nuances de l’automne s’éteignaient à la tombée de ce dernier jour d’octobre. Toute la journée, les feuilles des arbres avaient décliné leur palette de rouges, de jaunes, de roux et de quelques verts qui résistaient malgré la saison. Le soleil déclinant faisait encore briller au loin la canopée sous ses rares rayons et dans les champs emblavés, des lignes d’un vert tendre laissaient entrevoir les rangs cultivés.

En cette fin d’octobre, nos pas nous dirigeaient vers le cimetière. Chargés de quelques pots, nous allions fleurir les tombes. Déjà les allées ressemblaient à un parc fleuri et nous sommes partis à la rencontre de nos chers disparus. Sur les marbres gris ou noirs, les noms disparaissaient derrière les potées multicolores.

C’est notre tradition de la Toussaint depuis une vingtaine d’années. Chaque année, nous choisissons chez la fleuriste une quinzaine des petits cyclamens ou des pensées aux teintes vives pour chaque personne inscrite sur notre feuille. La petite liste s’est allongée au fil des ans. Pourtant, « nous ne sommes pas d’ici » comme disaient les anciens,  aucun ne fait partie de la famille. Plus tard, nous serons les premiers, nous savons où, notre place est préparée au milieu de ces gens que nous avons connus, appréciés ou aimés.

Au début, seuls quelques amis très chers recevaient notre visite, puis au cours de notre balade, des noms jusque là enfouis dans notre mémoire surgissaient devant nous, lettres dorées gravées dans le marbre. Les souvenirs revenaient, tristes ou gais, ici un geste familier, là une phrase rituelle maintes fois répétée, un rire, des larmes partagées.

Le chemin suivi est toujours le même, d’abord les plus anciens (non pas en âge) mais  ceux qui sont partis les premiers. Viennent ensuite les parents de nos amis trop éloignés pour venir déposer leurs fleurs. Nous leur devons bien cela en souvenir de leur accueil chaleureux qui revit  devant leur visage souriant figé sur la pierre.

Puis sont venus les plus jeunes. Leur mort a souvent été brutale, quelquefois  volontaire toujours inattendue. Des collègues, des anciens camarades de classe sont de ceux-là. Chaque fois, le remord m’étreint de ne pas avoir été plus proche, plus disponible. 

Les accidents violents de circulation ou de train, l’injustice de la maladie qui frappe à tout âge avaient fois réuni des foules considérables de jeunes, de voisins, connus ou inconnus partageant la tristesse des familles. C’est la force de ce petit village que de se retrouver unis et solidaires dans ces moments de peine. 

En parcourant les allées, comme au long des rues, des visages apparaissent. Là le sourire d’une vieille dame que le brin de muguet du premier mai comblait autant que la bise qu’elle recevait de mon mari. D’ailleurs c’était sa copine de presque quatre-vingts ans qui riait toujours de ses blagues. Ici, des copains des sports, jeunes et plus âgés, attendent toujours leurs supporters. Ils  criaient tant les jours de match pour les encourager. 

Combien de discussions animées ont-ils partagées autour du stade ou des tatamis dans la tente de la fête des sports? Les plus anciens du football racontent-ils aux plus jeunes leurs débuts dans un champ qu’ils avaient dépierré, sans le confort d’un vrai stade, d’un gymnase ou d’un vestiaire ? Des plaques saluent leur dévouement, leur bénévolat. 

Dans cet autre quartier, le carré militaire, les drapeaux tricolores saluent le sacrifice des combattants. 

Partout les couleurs éclatent, se croisent en flots lumineux. 

Parfois, un proche est penché sur une tombe. C’est l’occasion de faire revivre ces disparus bien connus. Ils sont là à jamais mais vivent toujours dans nos pensées. On les croise à nouveau. Ils reviennent à travers les souvenirs évoqués.

Notre promenade se fait à petits pas, à la rencontre d’une époque disparue, en prenant le temps de raviver notre mémoire. Ce n’est pas triste, c’est juste le passé dans lequel s’enracinent le présent et l’avenir.                                                                  

La grille se referme doucement après un dernier regard vers ce jardin aux teintes mêlées, alors que sur le bitume gris, tourbillonnent les dernières feuilles rousses d’automne.

Maintenant je sais. Je sais comment les couleurs peuvent se croiser à Presles. 

le 30 novembre 2020, 

G. Varési 

 

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